SynthĂšse
Clara D. â 20 ans â 2Ăšme annĂ©e langues Ă©trangĂšres appliquĂ©es- Strasbourg
Sensibilité littéraire : éclectique, littérature classique, Maupassant, Zola, romans américains, Paul Auster.
LIVRE COMPLET â„â„â„â„ 9/10*
Volume I  â„â„â„â„ 8
Volume II  â„â„â„ 7
Volume III  â„â„â„â„ 9
Volume IV  â„â„â„â„ 9
* la note chiffrĂ©e estime la qualitĂ© littĂ©raire formelle et la note de cĆur lâadhĂ©sion intime
En une formule
Une incroyable épopée initiatique sur la connaissance de soi et de la nature humaine.
En quatriĂšme de couverture
Dans un monde oĂč les dĂ©sastres des inĂ©galitĂ©s et le culte du divertissement soumis Ă lâaudimĂštre tout-puissant rythment les relations humaines, une entitĂ© mystĂ©rieuse nommĂ©e Mongo choisit des Ălus porteurs dâun don crĂ©ateur qui a le pouvoir de sauver lâhumanitĂ© de lâenfer vers lequel son comportement inconscient la dirige.
Ă travers Thomas, un Ălu potentiel plein de vie mais Ă©galement de doutes sur lui-mĂȘme et sur la valeur salvatrice de leur mission pour le monde, lâauteure nous livre un profond enseignement sur le potentiel humain enfoui en chacun de nous.
Entre une Ă©popĂ©e entraĂźnante et des Ă©pisodes spirituels Ă©clairants, nous nous retrouvons devant notre miroir pour une plongĂ©e introspective Ă la rencontre de nous-mĂȘme, de la lumiĂšre de notre conscience qui est la seule vraie clĂ© pour sortir de lâimpasse du dĂ©sastre planĂ©taire programmĂ©.
La force unique du livre est dâĂ©veiller notre conscience au pouvoir de notre goutte dâeau pour nous inciter Ă agir Ă notre niveau, non par contrainte et nĂ©cessitĂ©, mais par enthousiasme et amour de la vie, parce quâil nous redonne foi en notre potentiel crĂ©ateur illimitĂ© qui ne demande plus que de nous rassembler pour engendrer ensemble un monde meilleur.
Questionnaire
Quelle impression gĂ©nĂ©rale vous a fait le livre et quâest-ce qui le qualifierait le mieux ?
Je lâai beaucoup aimĂ©. Il aborde tellement de thĂ©matiques qui nous concernent tous, comme notre rapport aux autres, le dĂ©passement de soi, lâamour. Jâai aimĂ© les Ă©pisodes dramatiques, dâaventures, de tensions, tout comme jâai su apprĂ©cier les enseignements spirituels.
Câest un livre porteur de leçons, Ă©veilleur de conscience, qui est Ă part, fonctionnant sur un double rĂ©cit, Ă la fois Ă©popĂ©e et enseignement spirituel, qui ne correspond Ă aucun genre Ă©tabli. Il procure un vrai plaisir de lecture, avec des personnages attachants, un style agrĂ©able, fluide et rythmĂ©, simple et pertinent, tout en Ă©tant dâune trĂšs grande richesse qui le rend difficile Ă rĂ©sumer. Il me laisse lâimpression que je nâai pas pu tout saisir sur une premiĂšre lecture, et câest un des rares livres qui me donnent lâenvie de relire ses quatre volumes pour approfondir ce qui aurait pu mâĂ©chapper.
Que vous a-t-il apporté ?
Il mâa appris Ă relativiser sur les petits malheurs ou angoisses qui peuvent frapper nos vies. Dans cette mĂȘme idĂ©e, il mâa donnĂ© lâenvie dâapprendre Ă positiver, Ă mâouvrir encore plus aux autres.
Plus gĂ©nĂ©ralement, il mâa apportĂ© de forts moments de lecture qui ont rĂ©ussi Ă Ă©veiller ma conscience.
A-t-il éveillé votre conscience dans certains domaines ? Si oui, lesquels ?
Oui. Mais jâĂ©tais dĂ©jĂ consciente de certaines choses comme la rĂ©alitĂ© du systĂšme monĂ©taire, du pouvoir de la goutte dâeau, ou encore de lâaudimĂštre et de son importance. Pareil pour le rapport Ă la mort, sur le fait que câest la consĂ©cration de la vie et quâil faut en avoir conscience.
Le livre mâa Ă©veillĂ©e sur le rapport que nous entretenons avec la rĂ©alitĂ©, lâinstant prĂ©sent et son importance.
Maintenant que vous lâavez terminĂ©, percevez-vous sa cohĂ©rence dâensemble et les liens nĂ©cessaires des diffĂ©rentes sĂ©quences dans le dĂ©veloppement des thĂšmes ?
Oui. Je trouve que les thĂšmes sont abordĂ©s de façon cohĂ©rente. Tout vient facilement et dans une logique bien pensĂ©e. Ce quâon nous apprend est habilement abordĂ© par la suite, ce qui assure une bonne cohĂ©sion et une bonne assimilation pour le lecteur. Lâalternance dâĂ©pisodes romanesques et de sĂ©quences dâenseignement maintient Ă©galement cette cohĂ©rence : on passe du thĂ©orique au pratique, et inversement.
Maintenant que vous lâavez terminĂ©, percevez-vous la raison dâĂȘtre de lâanonymat de lâauteure en lien avec le sacerdoce des mongonastiques ? La trouvez-vous justifiĂ©e et nĂ©cessaire ?
Jâapprouve lâanonymat de lâauteure dans le sens oĂč il sâagit dâun don de soi destinĂ© Ă lâhumanitĂ©. Comme il est dit dans le tome II, la quĂȘte de reconnaissance nâa pas lieu dâĂȘtre quand lâobjectif est lâessor de la culture pour un bĂ©nĂ©fice collectif.
Pour ce qui est des mongonastiques, peut-ĂȘtre que lâauteure a cherchĂ© Ă les rendre moins fictifs en rejoignant leur anonymat, comme si elle voulait faire entendre que les mongonastiques sont les vĂ©ritables auteurs, que toutes les leçons proviennent dâeux.
Considérez-vous que le livre peut avoir un impact bénéfique sur la conscience collective ?
Je lâespĂšre. Mais il faut que les gens se penchent dâavantage sur ce genre de lectures instructives, qui vont au-delĂ de la simple distraction⊠De plus, les crises mondiales actuelles comme celle des migrants pourraient ĂȘtre une bonne façon dâappliquer les leçons du roman.
Selon vous, est-il accessible au grand public ?
Je pense quâil est parfaitement accessible Ă un grand public, et ce malgrĂ© quelques passages plus difficiles Ă comprendre, comme les leçons de sagesse de Gunj dans le dernier tome.
Selon vous, a-t-il un potentiel de succĂšs de librairie ?
Oui, car le roman est attractif dĂ» Ă son thĂšme peu commun. Manier le genre romanesque et lâĂ©veil Ă la spiritualitĂ© en les faisant aussi bien fusionner devrait attirer un grand nombre de lecteurs.
Une fois publié, le conseilleriez-vous à vos proches ?
Oui, car les thĂšmes abordĂ©s dans le livre sont de grands sujets de conversation dans ma famille. De plus, jâai beaucoup de personnes dans mon entourage qui apprĂ©cient la lecture, et surtout ce genre de thĂšme spirituel.
Volume IÂ
â„â„â„â„ 8
Commentaire
Jâai adorĂ© ce premier volume. Ăa se lit bien, de maniĂšre agrĂ©able et accessible. Le style est fluide, le rapport entre le rĂ©cit et les dialogues bien dosĂ©, ce qui aĂšre le texte, tandis que lâoralitĂ© marquĂ©e des dialogues le dynamise en le rendant trĂšs vivant. Jâai une mĂ©moire photographique, et les dĂ©cors et personnages sont bien dĂ©crits, faciles Ă visualiser, comme si je percevais une scĂšne cinĂ©matographique.
Entre le premier et le deuxiĂšme Ă©pisode, on passe dâune ambiance colorĂ©e Ă une ambiance trĂšs sombre, presque en noir et blanc, du moins pour tout ce qui concerne lâunivers dâUngern et des basses villes.
Le premier Ă©pisode se termine sur un dĂ©nouement extrĂȘmement poignant. La façon dont le rĂ©cit fait pressentir la douleur enfouie de la mĂšre qui vient de perdre son enfant est une scĂšne forte et trĂšs dure. Quant au village hors du monde et fermĂ© sur lui-mĂȘme, il mâa fait songer Ă une secte comme les Amish, pas sur le plan religieux mais pour ĂȘtre dĂ©connectĂ© du reste du monde. LâarrivĂ©e de Djack le fait ressortir parce quâil reste un intrus et un Ă©tranger. Câest le plus marquant au moment de la transe suivie des Ă©bats sexuels dĂ©bridĂ©s, ce qui mâa procurĂ© un vĂ©ritable malaise, comme si en tant que lectrice jâĂ©tais moi-mĂȘme une intruse dans leur monde Ă part. La description rigoureuse du jeĂ»ne est instructive et dĂ©note un travail dâinformation en amont qui se veut prĂ©cis.
Câest ce qui apparaĂźt au deuxiĂšme Ă©pisode oĂč jâai suivi avec grand intĂ©rĂȘt tout le dĂ©veloppement sur la Communication. Lâauteure fait preuve dâune connaissance approfondie du sujet pour le mettre si bien en lumiĂšre dans des symboles qui forment un miroir tout Ă fait pertinent de notre monde.
La prĂ©sentation dâUngern et des personnages qui lâentourent reste ambivalente : ils sont tous horribles mais on ne peut sâempĂȘcher de ressentir de la compassion pour eux, car ils sont coincĂ©s dans leur situation et victimes de leur passĂ© traumatique. Dans tout ce passage domine le thĂšme de la peur dont ils sont esclaves, un thĂšme qui va ensuite trouver son contre-exemple en revenant auprĂšs des enfants et de Zabir, lorsquâil leur apprend Ă surmonter la peur.
Jâai beaucoup apprĂ©ciĂ© tout ce qui tourne autour des enfants auxquels je me suis identifiĂ©e comme si jâĂ©tais un troisiĂšme enfant qui les accompagnait. Jâai ainsi suivi leurs diffĂ©rents Ă©pisodes initiatiques qui surviennent pas Ă pas, dans une atmosphĂšre toujours agrĂ©able et clairement dĂ©crite. Je me suis sentie les vivre de lâintĂ©rieur, et plus particuliĂšrement dans la cellule de transfert oĂč je partageais leurs perceptions.
Pour dire un mot de Mongo qui est le grand mystĂšre du livre, il mâĂ©voque Ă ce stade une force invisible dâordre mĂ©taphysique. Le fait quâil communique avec les sens est original et intrigant. Tout comme la scĂšne finale qui fait apparaĂźtre la petite fille aprĂšs que lâenfant Thomas lâa peut-ĂȘtre rĂȘvĂ©e dans la cellule de transfert, annonçant un destin commun, tout cela relance fort judicieusement lâintrigue pour aborder le volume suivant.
Ce qui pourrait ĂȘtre amĂ©liorĂ© ou corrigĂ©
Rien Ă signaler.
Volume IIÂ
â„â„â„ 7
Commentaire
Jâai trouvĂ© ce deuxiĂšme volume beaucoup plus intĂ©ressant dans le fond que dans la forme. Le romanesque du rĂ©cit est moins prĂ©sent et laisse place Ă une narration plus axĂ©e sur un objectif : il va Ă lâessentiel. On assiste Ă un vrai voyage initiatique sur lâhumanitĂ© et ses maux, qui sont ceux de notre Ă©poque. Les thĂ©ories Ă©conomiques sont applicables Ă notre monde, notamment avec le financement de lâindustrie pharmaceutique pour les maladies.
La lecture est toujours agrĂ©able et accessible, mais Ă condition cette fois dây mettre sciemment son attention. A partir de lĂ , on ne perd pas le fil de la comprĂ©hension et on se retrouve captivĂ© Ă un autre niveau. Lâimpact que lâon en reçoit est alors dâautant plus fort quâil nous a demandĂ© plus de concentration. Le procĂ©dĂ© rhĂ©torique employĂ© mâa fait penser au style des confĂ©rences TED, un procĂ©dĂ© plus oral donc pour exprimer rĂ©quisitoire et plaidoyer.
Tout le volume se passe sur deux journĂ©es dâinitiation. La façon dont il sâĂ©tend Ă lâintĂ©rieur de ces deux journĂ©es a un effet remarquable par rapport au rĂ©cit qui se dĂ©ploie sur plusieurs annĂ©es dans le premier volume, comme si on suivait nous aussi en temps rĂ©el et de façon complĂšte la longue initiation des jeunes Danseurs. On assiste avec eux aux rĂ©vĂ©lations du Dicteur sur les rouages de la Communication et de lâĆuvre de Mongo, puis Ă son analyse trĂšs poussĂ©e et rigoureuse des dysfonctionnements catastrophiques de notre monde et de leurs issues possibles. Lâensemble se dĂ©couvre Ă©tape par Ă©tape, avec ses rebondissements et ses coups de théùtre sur le plan des idĂ©es. Il en ressort une vraie cohĂ©rence oĂč tout sâimpose dans une vision logique, dâune grande clartĂ© pĂ©dagogique. Le fil conducteur des diffĂ©rentes explications initiatiques est bien construit pour que le lecteur se concentre et assimile le contenu. Les thĂšmes sâenchaĂźnent logiquement, se renvoient les uns aux autres dans des rapports de causalitĂ© nĂ©cessaires, et finalement tout apparaĂźt liĂ© et intriquĂ© dans un tout indissociable. De cette façon, les parties thĂ©oriques sont bien intĂ©grĂ©es et alternent avec la description de situations poussĂ©es aux extrĂȘmes qui viennent les illustrer. Câest particuliĂšrement frappant Ă la fin du volume quand on plonge dans une forteresse des basses villes qui abrite lâĂ©lite richissime pour explorer le thĂšme de la frontiĂšre sĂ©paratrice, car sa nature de souffrance nous saute alors aux yeux avec un relief particuliĂšrement saisissant et explicite.
Concernant lâĂ©volution des personnages, on sâĂ©loigne un peu de Thomas pour aller davantage vers Carlos en dĂ©couvrant son intĂ©rioritĂ©. Ăa Ă©quilibre leur importance dans le rĂ©cit, et permet aussi de mettre en contraste les pensĂ©es qui les opposent. Le monde de Mongo est bien orchestrĂ©, son harmonie et son intention lumineuse pour lâhumanitĂ© le rendent sĂ©duisant. Du fait quâil lui rĂ©siste par sa rĂ©volte et sa mĂ©fiance, sa sensation de ne pas avoir choisi et de ne pas ĂȘtre libre, Thomas en devient moins attachant car on a envie dâĂȘtre du cĂŽtĂ© de Mongo, et donc de Carlos qui lui y adhĂšre complĂštement. Thomas reste nĂ©anmoins touchant dans ses souvenirs de sa vie passĂ©e et dans la scĂšne finale avec Carlos qui les rĂ©unit dans un grand apaisement, oĂč elle met en avant leur fraternitĂ© et leur lien fusionnel.
La mĂ©tamorphose du vieux Dicteur dĂ©livrĂ© de son doute torturant apporte aussi un soulagement et une lumiĂšre dâespĂ©rance bienvenue pour lâhumanitĂ©. Sa paix intĂ©rieure est crĂ©dible et bien ressentie. On quitte alors le livre dans une atmosphĂšre apaisĂ©e avec une envie intacte de poursuivre la lecture pour suivre lâĂ©volution de ces personnages et dĂ©couvrir les Ă©nigmes restĂ©es en suspens.
Ce qui pourrait ĂȘtre amĂ©liorĂ© ou corrigĂ©
Moins romanesque que le premier volume, il requiert une attention plus soutenue, mais câest le prix Ă payer pour accĂ©der Ă sa richesse de fond. Ce nâest donc pas une critique en soi, car on voit difficilement comment ça pourrait ĂȘtre fait autrement. Il nous demande de passer dâune attention passive et facile Ă une attention plus active qui est nĂ©cessaire pour grandir en conscience, et câest prĂ©cisĂ©ment tout lâenjeu du combat pour la lumiĂšre des artistes porteurs de conscience prĂ©sentĂ© dans le livre. Il nous livre ainsi des clĂ©s de lecture dans un miroir pour nous inviter en tant que lecteur Ă participer nous aussi Ă ce combat par notre propre effort dâattention.
Volume IIIÂ
â„â„â„â„ 9
Commentaire
Des trois volumes, câest celui que jâai prĂ©fĂ©rĂ©, au point dâavoir envie de le relire ultĂ©rieurement. Il se lit plus facilement que le II. On retrouve une dynamique romanesque entraĂźnante et captivante qui alterne avec des moments de grande introspection. Les thĂ©matiques sont plus profondes et personnelles, dans le sens oĂč lâessentiel se passe dans le monde intĂ©rieur de Thomas, sauf Ă la fin oĂč il sâouvre Ă lâuniversel. On peut parler de dĂ©veloppement personnel dans ce volume car la dĂ©couverte et lâexploration de lui-mĂȘme que vit Thomas nous concerne tous. Parce que Thomas est focalisĂ© sur lui-mĂȘme tout au long du volume, tout est aussi bien centrĂ© sur soi, sur notre propre rĂ©alitĂ© intĂ©rieure. Câest pourquoi on lit comme devant notre miroir oĂč tout ce quâon perçoit renvoie Ă soi-mĂȘme, parle Ă soi-mĂȘme. On participe Ă lâintrospection de Thomas qui nous pousse Ă nous remettre en question, Ă nous interroger sur notre propre rĂ©alitĂ©. Elle se fait sur une dominance de ses perceptions qui sont trĂšs bien ressenties et qui nous gardent en immersion dans son intĂ©rioritĂ©, si bien quâon ressent avec lui, quâon dĂ©couvre et quâon est surpris avec lui. Le contact avec le lecteur grandit alors en intensitĂ© et en intimitĂ©, ce qui rend Thomas plus proche et Ă nouveau touchant, parce quâil nous apparaĂźt plus humain et plus simple.
Une prĂ©sence fĂ©minine apparaĂźt enfin dans ce volume, et ça fait du bien. Mafat est un personnage fort qui va inspirer lâamour Ă Thomas. Il dĂ©couvre avec elle la sexualitĂ© et lâamour, et lâattention profonde quâil lui voue le rend lĂ aussi particuliĂšrement touchant. Son Ă©veil Ă lâamour va sâĂ©tendre ensuite Ă lâhumanitĂ© entiĂšre, en lui rappelant dâabord tout ce quâil a aimĂ©, sa mĂšre, son village, la petite Cerise, et tous ces moments sont touchants et Ă©mouvants. Jâai aussi beaucoup aimĂ© Ă la fin sa sensation de faire lâamour Ă la Terre. Il est dans une communion sensuelle toute simple avec la nature, ce qui mâa rappelĂ© le Robinson de Michel Tournier.
Il y a beaucoup de symboles et dâĂ©vocations symboliques qui portent les thĂšmes. La goutte dâeau revient dans une expression plus profonde et spirituelle. Elle Ă©voque un sens du partage et de la communion trĂšs parlant, on se sent concernĂ© parce quâelle apparaĂźt si nĂ©cessaire face Ă notre culture de lâindividualisme forcenĂ©.
Je mâattendais Ă lâapparition de lâOgre par les indices subtilement semĂ©s dans le volume prĂ©cĂ©dent. Câest la plaie du MongonastĂšre qui rĂ©vĂšle que son fonctionnement nâest pas parfait, quâil est lui aussi confrontĂ© Ă lâĂ©chec. Il est bien amenĂ© dans le rĂ©cit. On partage la boule au ventre de Thomas tandis quâil descend dans la cave pour aller Ă la rencontre de sa peur. LĂ encore, on est dans des symboles forts qui renvoient aux peurs de notre enfance et qui parlent Ă tout le monde.
Enfin le thĂšme de la mort mâa beaucoup marquĂ©. Il porte un message dâespoir car la mort y est prĂ©sentĂ©e sous un jour lumineux plutĂŽt que tĂ©nĂ©breux. Ici, elle nâest pas effrayante, nâest pas une rĂ©alitĂ© pĂ©jorative quâil faudrait fuir ou refouler. La conscience de la mort nous rappelle que notre existence humaine nâest pas infinie, elle va sâarrĂȘter, mais en mĂȘme temps la mort reste lâouverture vers le sans limite, et le sans limite nous laisse le pressentiment quâelle est aussi une expression de notre conscience.
Jâai terminĂ© le livre avec une impatience de dĂ©couvrir le dernier volume.
Ce qui pourrait ĂȘtre amĂ©liorĂ© ou corrigĂ©
Dans la derniĂšre partie mĂ©ditative, certains passages prĂ©sentent des tournures rĂ©pĂ©titives qui ne sont pas nĂ©cessaires. Ils gagneraient Ă ĂȘtre lĂ©gĂšrement condensĂ©s.
Volume IVÂ
â„â„â„â„ 9
Commentaire
Le dernier volume continue de se lire facilement, en restant prenant par un effet dâaspiration Ă dĂ©couvrir la suite au fil des pages. Sâil ne rĂ©pond pas Ă toutes les attentes semĂ©es par les personnages sur le plan romanesque, il y rĂ©pond pleinement sur le plan spirituel en mettant clairement en lumiĂšre le remĂšde universel qui vaut autant pour notre Ă©volution et bien-ĂȘtre personnels que pour lâĂ©volution et le bien-ĂȘtre de lâhumanitĂ© Ă venir. Il nous donne alors lâessentiel qui rĂ©vĂšle la profonde unitĂ© du livre, oĂč tous ses diffĂ©rents aspects et Ă©pisodes prennent sens en regard de ce dĂ©nouement essentiel quâils prĂ©paraient. Se dĂ©ployant en plusieurs Ă©tapes, le remĂšde universel sâaccompagne dâune impression de libĂ©ration graduelle de toute la noirceur des tourments humains auxquels le livre nous a confrontĂ©. On rejaillit Ă la lumiĂšre, Ă lâapaisement, Ă la bonne Ă©nergie et Ă la confiance en soi et en lâhumanitĂ© dans notre capacitĂ© Ă crĂ©er ensemble un monde meilleur. Tout sâachĂšve dans la rĂ©conciliation, la concorde, la communion, pour une fin heureuse oĂč dominent la beautĂ© intĂ©rieure des ĂȘtres et leur humanitĂ©.
La violente rupture entre Thomas et Mafat inaugure ce dernier volume. Si elle peut paraĂźtre dâabord banale pour ressembler Ă toutes les ruptures, sa portĂ©e va avoir des rĂ©percussions extraordinaires sur lâĂ©volution intĂ©rieure des personnages. LâĂ©preuve de la douleur de cĆur de Thomas aprĂšs avoir connu le paradis avec Mafat, puis son amitiĂ© brisĂ©e avec Carlos, installent une situation romanesque qui fait ressortir lâintensitĂ© de leurs liens dans la souffrance. Elle produit des moments Ă©motionnels forts qui les rendent encore plus humains et touchants.
On suit ainsi les tourments de Thomas avec empathie. Il faut quâil aille au bord du suicide pour rĂ©aliser dans un sursaut lâimportance de la vie. Son dĂ©sespoir le pousse Ă rencontrer lâOgre qui incarne le Ăa freudien, la nature bestiale et pulsionnelle de lâhomme. Il est aussi le reflet de sa souffrance et de sa perdition dans lequel il cherche confusĂ©ment une issue. Câest pourquoi lâOgre clame quâil dĂ©tient la libertĂ© absolue, que tout lui est permis parce quâil est affranchi de toutes les rĂšgles. Avec cette libertĂ© lĂ , Thomas pourrait sâemparer de Mafat de force sans scrupules comme dâun remĂšde Ă sa souffrance, sauf que la libertĂ© de lâOgre lâenferme dans la dĂ©mence et lâisolement parce quâelle nie la rĂ©alitĂ© de lâautre.
Tout ce passage montre que lâOgre est une part de la nature humaine que lâon porte tous en nous. Elle est tributaire de comportements malsains auxquels on ne peut jamais complĂštement Ă©chapper, puisque mĂȘme le MongonastĂšre qui cultive le plus haut idĂ©al humain nây Ă©chappe pas. LâOgre est sa part dâombre refoulĂ©e comme il est notre part dâombre. Mais cette rĂ©alitĂ© nous montre en mĂȘme temps le chemin pour rĂ©duire sa puissance qui est celui de lâacceptation. Car lâOgre doit sa puissance Ă nos refoulements, et la voie de lâacceptation de soi permet Ă ce que nous refoulons de nous-mĂȘme de remonter Ă la conscience pour se dissiper. Ce qui va faire le lien avec la vision prĂ©monitoire de lâOgre assis sur le trĂŽne de lâaudimĂštre Ă la fin du livre, concentrĂ© de la part dâombre de lâhumanitĂ© qui lorsquâelle prend le pouvoir sur les hommes, devient cette puissance dâaveuglement collectif dĂ©clenchant les guerres et toutes les barbaries.
AprĂšs avoir affrontĂ© toute sa noirceur, Thomas sâen remet Ă Gunj pour lâaider Ă guĂ©rir sa blessure de cĆur. Câest lâoccasion de dĂ©couvrir ce dernier personnage qui lui incarne lâidĂ©al de lâhumain vĂ©ritablement accompli. Sa sagesse, son calme, sa sensibilitĂ© Ă lâautre, sa compassion, mais aussi son dĂ©tachement et sa libĂ©ration de toute souffrance tĂ©moignent de la rĂ©alitĂ© de sa rĂ©alisation qui est trĂšs crĂ©dible. Il est humainement trĂšs attachant, tandis que ses enseignements spirituels ont une portĂ©e dâautant plus profonde et pertinente. Tout comme la façon dont il va acculer Thomas Ă lĂącher son attachement maladif Ă Mafat qui va enclencher son processus de guĂ©rison du cĆur. Et cette sĂ©quence de guĂ©rison oĂč il prend sur lui tout le sang de souffrance qui jaillit du cĆur de Mafat est aussi trĂšs touchante et forte Ă©motionnellement.
Thomas sort de la traversĂ©e de sa souffrance avec une nouvelle maturité : il sâest Ă©veillĂ© Ă lâamour vĂ©ritable, inconditionnel et dĂ©sintĂ©ressĂ© qui lui a permis de renouer avec Mafat en lui-mĂȘme. Il est alors libĂ©rĂ© pour renouer Ă©galement avec Carlos en retrouvant toute leur amitiĂ© perdue. Ce qui nous amĂšne Ă la scĂšne finale oĂč Thomas, Carlos et Mafat sont rĂ©unis dans un mĂȘme amour pur et apaisĂ©. Mafat qui est enceinte sây rĂ©vĂšle une derniĂšre fois en position de force, avec une maturitĂ© plus Ă©levĂ©e que les deux Danseurs en tant quâincarnation de la fĂ©minitĂ© et de la MĂšre Universelle.
Ce qui pourrait ĂȘtre amĂ©liorĂ© ou corrigĂ©
Lâinstruction de Gunj sur le rapport entre la rĂ©alitĂ© prĂ©sente et la trame du temps, aussi bien quâentre lâici et lâailleurs pourrait ĂȘtre condensĂ©e car elle se rĂ©pĂšte inutilement. Je lâai intĂ©grĂ©e tout de suite, de sorte que sa reprise mâa fait un effet de ressassement plutĂŽt que dâapprofondissement.
Je reste un peu sur ma faim concernant Ungern qui ne rĂ©apparaĂźt plus, alors que jâimaginais une connexion Ă venir entre Carlos et lui parce quâils partagent la mĂȘme enfance traumatique.
